Conférence virtuelle du Pdci-Rda au Royaume-Uni/Entre mémoire historique et cap stratégique sous l’ère Tidjane Thiam

Par Clément Ewouédje*

Sous l’égide de la délégation générale du Pdci-Rda au Royaume-Uni, une conférence virtuelle d’envergure s’est tenue  le 26 avril dans le cadre des célébrations des 80 ans du parti (1946-2026) autour du thème « PDCI-RDA : Hier, Aujourd’hui et Demain, le même combat »

Organisé sous le haut patronage du président Tidjane Thiam et sous la coordination du Haut représentant du district Europe-Asie, cet échange numérique, diffusé en direct sous forme de podcast, a réuni militants, cadres et membres de la diaspora ivoirienne.

Animée par le secrétaire exécutif chargé de l’administration du parti, Djédri N’goran cette rencontre s’est déroulée dans un contexte de remobilisation politique et de consolidation stratégique à l’approche des échéances nationales. Face à un public connecté depuis plusieurs fuseaux horaires, la tenue de cette conférence, visait à renforcer les liens entre la direction du parti et ses bases extérieures, tout en revisitant les fondamentaux idéologiques du parti.

L’intervention magistrale du conférencier a laissé place à une séance de questions-réponses particulièrement dense. Militants et cadres ont interpellé l’orateur sur des sujets à la fois historiques, politiques et organisationnels. Dans un ton à la fois pédagogique et ferme, il a répondu point par point, inscrivant chaque réponse dans une continuité entre héritage historique et vision stratégique contemporaine.

Les échanges qui suivent, retranscrits fidèlement dans l’ordre des préoccupations exprimées, offrent un éclairage à la fois mémoriel et prospectif sur l’identité et les ambitions actuelles du Pdci-Rda.

Répression des forces coloniales françaises à Dimbokro en 1950

Fer de lance de la lutte anticoloniale, le Pdci-Rda exigeait en 1949-1950, l’égalité et la dignité après la Loi Houphouët-Boigny de 1946. Les autorités coloniales, inquiètes de la montée du mouvement et de son lien initial avec le PCF, ont choisi la répression pour briser l’élan nationaliste ivoirien.

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Le 30 janvier 1950 à Dimbokro, une manifestation pacifique a été noyée dans le sang par les forces coloniales où des milliers de militants et de civils innocents ont été massacrés. Ce carnage, loin d’étouffer notre combat, a forgé notre résilience. Le sang versé sur la terre de cette ville reste un cri de liberté qui résonne encore pour la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui : hier comme aujourd’hui, la répression n’a jamais vaincu cette formation politique, mais l’a rendu plus fort, au service exclusif de l’unité et de la souveraineté ivoiriennes.

Prison d’Assabou et génie politique du Président Houphouët

La prison d’Assabou, à Yamoussoukro, a en effet accueilli en 1963 des figures emblématiques, dans le cadre du « complot d’août ». Au-delà de la fermeté légitime du Père fondateur face à toute menace contre la jeune indépendance de la Côte d’Ivoire, il y avait là un authentique génie politique. Félix Houphouët-Boigny savait détecter les failles, mais surtout réintégrer. Beaucoup de ces personnalités, après avoir été mises à l’épreuve, sont redevenues des collaborateurs loyaux, récompensés et promus.

Son génie ? Transformer la suspicion en confiance, la dissidence en unité. Il ne détruisait pas les talents ; il les recentrait au service de la nation ivoirienne. C’est cette sagesse de rassembleur qui fait que, même dans l’adversité, le Pdci-Rda reste une grande famille au service exclusif de la paix et du progrès de la Côte d’Ivoire.

Marche des femmes ivoiriennes de 1949

Cette marche de 40 km d’Abidjan à Grand-Bassam, du 22 au 24 décembre 1949, reste l’un des actes les plus poignants de notre histoire. Les hommes n’ont pas « abdiqué » : la plupart étaient déjà emprisonnés sans jugement à Grand-Bassam ou pourchassés, contraints à la clandestinité (Houphouët lui-même avait dû se réfugier). Les femmes, sous la houlette de figures comme Anne-Marie Raggi et Makoukou Traoré, ont alors pris le relais avec une intelligence stratégique.

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L’intervention magistrale du conférencier Djédri N’goran a laissé place à une séance de questions-réponses particulièrement dense.

Elles ont transformé la répression en opportunité : moins suspectes aux yeux des colons, elles ont incarné la continuité du combat. Ce n’était ni faiblesse des hommes ni simple émotion : c’était la complémentarité des forces au service d’une même cause. Ces vaillantes mères ivoiriennes nous enseignent que le Pdci-Rda a toujours su mobiliser toutes ses filles et tous ses fils, sans exception, pour la dignité et l’unité de la Côte d’Ivoire.

Rapports actuels du Pdci-Rda avec les autres partis démocrates et panafricains

 Dans un monde d’intérêts stratégiques, nous privilégions, au premier chef, le dialogue constructif avec tous les partis démocrates ivoiriens ou d’autres forces – dès lors qu’ils placent l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire, l’unité nationale et la stabilité au-dessus des ambitions personnelles. Notre ligne est claire : ni soumission ni confrontation stérile, mais une coopération pragmatique et des partenariats gagnant-gagnant qui honorent l’héritage houphouëtiste de modération et d’ouverture. Hier nous avons libéré l’Afrique ; aujourd’hui et demain, nous bâtissons, au service exclusif de la Côte d’Ivoire, une nation unie par le dialogue, la paix et le développement partagé.

Rupture avec le PCF en 1950 : le PDCI doit-il s’en inspirer ?

Absolument, et c’est un exemple magistral de pragmatisme visionnaire au service de la Côte d’Ivoire. Face à la répression coloniale et aux menaces directes, Monsieur Félix Houphouët-Boigny a choisi, en octobre 1950, de rompre avec le PCF pour adopter une ligne modérée et constructive. Ce n’était pas une capitulation, mais une manœuvre stratégique pour sauver le mouvement et avancer vers l’indépendance.

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Le Pdci-Rda s’en inspire pleinement aujourd’hui, nous privilégions toujours l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire. Nous dialoguons avec tous les acteurs, dans un esprit de fraternité légendaire sur les sujets qui touchent à la vie de la nation, sans jamais sacrifier notre souveraineté politique, bref, nos valeurs. La modération n’est pas faiblesse ; c’est la force de ceux qui gagnent durablement pour le peuple ivoirien.

Nécessité des Hauts représentants du parti

Les Hauts représentants, nommés par le Président Tidjane Thiam en 2024 dans les districts et la diaspora, ne sont pas des postes décoratifs. Ils sont des ambassadeurs de terrain, des relais de mobilisation, des garants de la présence du parti partout où bat le cœur ivoirien. Leur rôle stratégique est d’assurer la coordination des actions des Délégués au sein de leur District et en faire la synthèse.

Ils sont donc chargés d’informer régulièrement le Président du Parti des activités des différentes délégations.  C’est un travail de résultats et cela exige des cadres engagés, avec une évaluation formelle qui permet au Président du Parti d’apprécier le travail qui est fait sur le terrain.

De ces échanges, une constante s’impose, le Pdci-Rda entend conjuguer mémoire historique et ambition politique. Entre héritage de Félix Houphouët-Boigny et dynamique impulsée par Tidjane Thiam, le parti se positionne comme une force de continuité et de transformation.

À travers cette conférence virtuelle, la diaspora ivoirienne au Royaume-Uni s’affirme plus que jamais comme un maillon stratégique dans la recomposition politique en cours, témoignant d’un Pdci-Rda résolument tourné vers l’avenir, sans jamais renier les fondements de son histoire.

*Secrétaire de section-Yopougon