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Le Procureur financier met en garde contre l’utilisation de fonds d’origine douteuse

Le Procureur de la République près le Pôle pénal économique et financier (PPEF) d’Abidjan Jean-Claude Aboya a apporté des éclaircissements sur la notion de blanchiment de capitaux autonome lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 10 juin 2026 à Abidjan. Cette rencontre visait à informer les citoyens sur une infraction dont le traitement occupe une place croissante dans l’activité judiciaire ivoirienne.

D’entrée, le magistrat a souligné que le blanchiment de capitaux ne concerne pas uniquement les spécialistes de la finance ou du droit. Selon lui, toute personne effectuant des transactions financières ou acquérant des biens peut être confrontée, directement ou indirectement, aux problématiques liées à l’origine des fonds utilisés.

Pour expliquer ce phénomène, le Procureur financier a rappelé que le blanchiment de capitaux consiste à donner une apparence légale à des biens ou à des fonds issus d’activités illicites telles que le trafic de drogue, la corruption, l’escroquerie, le détournement de deniers publics ou encore les paris illicites.

Il a illustré son propos par l’exemple d’une personne qui crée une entreprise de façade afin d’intégrer progressivement dans le circuit financier légal des fonds provenant d’activités criminelles. Ces mécanismes permettent de masquer l’origine réelle des ressources et de les utiliser sans attirer l’attention des autorités de contrôle.

Le point central de cette conférence portait sur le blanchiment de capitaux autonome, consacré en Côte d’Ivoire par l’ordonnance n°2023-875 du 23 novembre 2023 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.

Selon le Procureur, cette disposition permet désormais de poursuivre une personne pour blanchiment de capitaux même en l’absence de poursuites ou de condamnation préalable pour l’infraction d’origine. Il suffit que les investigations révèlent des éléments matériels, patrimoniaux ou financiers laissant présumer que les biens détenus proviennent d’activités criminelles ou délictuelles.

« Le blanchiment de capitaux peut être poursuivi et sanctionné de façon autonome », a-t-il insisté, précisant que les circonstances objectives observées au cours des enquêtes peuvent suffire à établir les soupçons nécessaires à l’engagement des poursuites.

Le magistrat a également mis en lumière le mécanisme du renversement de la charge de la preuve prévu dans le cadre du blanchiment autonome. Ainsi, lorsque les enquêteurs disposent d’indices sérieux laissant supposer une origine illicite des biens, il revient à la personne concernée d’apporter les justificatifs démontrant leur provenance légale.

Toutefois, le Procureur a tenu à préciser que plusieurs procédures ont déjà été abandonnées ou classées sans suite après que les personnes mises en cause ont pu fournir des explications et des preuves jugées satisfaisantes sur l’origine de leurs avoirs.

Pour le Procureur financier, cette évolution du cadre juridique répond à la nécessité d’adapter la lutte contre la criminalité économique aux standards internationaux. Il a notamment évoqué les montages financiers complexes, les sociétés-écrans, les prête-noms ou certaines structures utilisées pour dissimuler des fonds d’origine criminelle.

Réaffirmant l’engagement du PPEF, il a indiqué que la lutte contre le blanchiment de capitaux constitue aujourd’hui une priorité stratégique pour l’État de Côte d’Ivoire.

« La Côte d’Ivoire n’est pas et ne sera jamais une terre d’accueil pour les capitaux criminels », a déclaré le Procureur, tout en assurant que cette lutte continuera d’être menée dans le strict respect de l’État de droit, des droits de la défense et des garanties procédurales reconnues à toute personne poursuivie.

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