Changement climatique/Quand des intellectuels proposent l’assurance-risque aux agriculteurs ivoiriens
Par Yann Dominique N’guessan/afriquematin.net avec C. Kouadio
Les effets du changement climatique impactent dangereusement l’agriculture ivoirienne. Face à cette nouvelle normalité, Victor Aka Boua, ingénieur agronome propose dans le livre « Les effets du changement climatiques sur l’agriculture : nécessité d’une assurance-risque ».
Co-écrit avec le journaliste Coulibaly Zoumana, préfacé par Professeur Saliou Touré l’assurance-risque agricole aux agriculteurs ivoiriens est une nécessité économique et sociale. Selon lui, avec 68% de la population active et 20% du PIB, l’agriculture est le poumon de la Côte d’Ivoire. Alors que 98% des cultures dépendent de la pluie, le climat ivoirien s’est dérégulé depuis 1980.
A se référer aux prévisions de la Sodexam, la température moyenne a déjà augmenté de +1,1°C entre 1960 et 2020. Et certains modèles prévoient +2,6°C d’ici 2080. Résultat : pluies tardives, sécheresses, inondations brutales. Quant au Ministère de l’Agriculture, il indiqu’entre 2022 et 2023, les pertes agricoles liées aux aléas climatiques sont estimées à 85 milliards FCFA vu que 98% de nos cultures dépendent de la pluie, 0% sont assurées. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si les agriculteurs doivent s’adapter au changement climatique mais plutôt de savoir s’ils sont protégés contre les effets du changement climatique.
A cause des effets du changement climatique, il pleut moins mais plus fort aujourd’hui. Un vrai paradoxe que subissent les agriculteurs ivoiriens. Les services météo de la Sodexam constatent plus de 20% d’intensité des pluies journalières extrêmes depuis 1990. Au mois d’octobre 2022, 300 mm de pluie sont tombés en 48heures dans le Guémon. Ce qui a entrainé la destruction de 3000 ha de riz bas-fond et 25 000 paysans sinistrés. « Début octobre2024, des inondations ont été signalées dans le Grand-Ouest, notamment dans le Guémon, le Tonkpi, et le Cavally » (p71) a révélé Victor Aka Boua.
A cela, il faut ajouter l’érosion qui emporte 10 à 15 tonnes de terre/ha/an dans les zones de forte pente du Centre-Ouest. Les sols perdent ainsi leur fertilité en 3-4 ans au lieu de 15 ans. Ainsi « La capacité des agriculteurs à continuer à nourrir les populations est mise à rude épreuve » face aux effets du changement climatique, a expliqué l’ingénieur agronome dans son livre.
Dans ce contexte d’urgence climatique, l’assurance-risque agricole est l’arme qu’on oublie, explique Victor Aka Boua, pourtant c’est elle qu’il faut pour protéger les agriculteurs ivoiriens. « La mise en place de l’assurance-risque permettra non seulement de protéger les acteurs de ce secteur majeur mais aussi de les soutenir en cas d’inondation, de sécheresse, ou de survenue de toute catastrophe provoquant la destruction des productions avec in fine l’indemnisation des éventuelles victimes pour la relance de leurs activités. » souligne-t-il à la page 66.
Concernant l’épineux problème du mode opératoire, il propose à la page 70 de l’ouvrage que « les acteurs peuvent choisir de faire des prélèvements de 5 ou 10 francs CFA sur le prix de vente de chaque kilogramme de produit selon le secteur…Les coopératives de producteurs et les coopératives de production pourront expérimenter ce système qui pourrait fonctionner telle une assurance maladie ». Dans tous les cas, l’assurance-risque proposée par Victor Aka Boua est une arme de protection contre l’insécurité alimentaire en Côte d’Ivoire car protéger l’agriculteur ivoirien, c’est assurer l’assiette de tous les Ivoiriens.