after header

Crise au Pdci-Rda/Comprendre les divisions qui fragilisent le vieux parti

Par Ablizangoh Wakatê/afriquematin.net

 Fondé en 1946 par Félix Houphouët-Boigny, le Pdci-Rda est le plus ancien parti politique de Côte d’Ivoire. Pilier de l’opposition, il traverse depuis quelques temps une crise interne « grave ». Ses militants et cadres sont profondément divisés, certains comportements de militants donnent l’impression qu’il est en voie d’autodestruction.  

Depuis l’accession de Tidjane Thiam à la présidence du Pdci-Rda fin décembre 2023, des critiques se multiplient contre sa manière de diriger, ses détracteurs affirment que la gestion du parti est trop centralisée, sans dialogue interne réel, les décisions sont prises de manière unilatérale, parfois en dehors des cadres statutaires tels que le Bureau politique ou le Congrès, le fonctionnement du parti s’éloigne des pratiques démocratiques historiques qui faisaient sa force.

Pour des militants -, ces dérives constituent une crise politique et structurelle, et non un simple désaccord, d’où l’appel à la démission de la direction actuelle, à un audit indépendant et à une restructuration profonde. Un autre élément aggravant,  est l’absence prolongée du président du territoire ivoirien, dénoncée par des militants comme responsable d’un vide stratégique et organisationnel au cœur du parti. Cette situation a été perçue comme un manque de présence politique et de proximité avec les bases – à un moment crucial. Cette absence prolongée est ressentie comme une faiblesse organisationnelle, ce qui alimente des frustrations chez ceux qui attendent des actions concrètes plutôt que des déclarations à distance.

A l’approche des élections présidentielles de 2025, la crise interne s’est accentuée, vu qu’après sa désignation comme candidat, la candidature de Tidjane Thiam a été invalidée par la justice ivoirienne, en raison de son statut de binational au moment de son inscription, une décision qui a renforcé l’impression d’un parti paralysé par les circonstances.

LIRE AUSSI :   Front social/Gouvernement-Enseignants du secondaire, à quand la fin du bras de fer ?

Des partisans ont alors plaidé pour la tenue d’une nouvelle convention visant à choisir un autre postulant capable de concourir, arguant qu’une absence du Pdci-Rda au scrutin affaiblirait encore davantage sa place dans le paysage politique.  Et ce débat a aggravé les divisions entre partisans d’une ligne de continuité autour de la direction actuelle et ceux qui souhaitent une stratégie alternative.

Certains activistes et collectifs tels que l’Initiative pour la Réconciliation et la Sauvegarde du Pdci-Rda (IRS) estiment que le parti souffre de dysfonctionnements internes qui sapent sa crédibilité, notamment des pratiques opaques, le manque de transparence, les difficultés à rassembler les militants autour d’un projet politique clair. D’autres  demandent la création d’un comité de crise ou la convocation urgente de structures internes pour restaurer l’unité et la cohésion, faute de quoi le parti risque de se fragmenter davantage.

Des informations provenant de nombreux médias estiment que dans les sections locales et chez des élus, la grogne se traduit par des prises de distance avec la direction nationale. Par exemple, plusieurs députés issus de la région d’Abidjan ont récemment affiché une certaine autonomie vis-à-vis de la ligne officielle, reflétant des désaccords politiques profonds et une perte d’unité.

Néanmoins, la majorité des militants qui critiquent la direction ne souhaitent pas la disparition du Pdci-Rda, mais plutôt un parti plus démocratique et respectueux des textes et des instances internes, une stratégie politique claire et efficace face aux enjeux électoraux et une meilleure représentation des bases dans les décisions importantes. Dans ce contexte, ce qui apparaît parfois comme une volonté de « détruire » est souvent un cri d’alarme d’actifs qui ont l’impression que le parti se perd dans des luttes internes, des erreurs stratégiques et un manque de gouvernance partagée.

LIRE AUSSI :   Bouaké-Université Alassane Ouattara/L'Ufr des Sciences économiques et de gestion célèbre de nouveaux docteurs

Les tensions actuelles au Pdci-Rda s’expliquent par une combinaison de facteurs, comme des contestations du leadership, des frustrations liées à l’organisation du parti, le débat sur la stratégie électorale et des désaccords sur les valeurs démocratiques internes. Plutôt qu’une volonté de destruction, ces divisions montrent une crise de gouvernance et d’identité politique qui met en évidence la nécessité d’un dialogue interne renouvelé pour relever les défis futurs du parti.